Les mystères de la forêt (histoire réelle) par Poligny

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De retour d’une longue marche dans les forêts profondes du Var, aux confins du Mercantour, je dépose ce soir un témoignage qui de prime abord ne me parut pas digne de l’être, mais qui aujourd’hui prend toute son importance. Tout ce qui va être relaté ici est véritable.

Voici les faits :

Les deux jours de marche auxquels je m’astreignais, avaient pour but de me faire découvrir un peu mieux les trésors de la région, mais aussi de me plonger dans les merveilles de la vie naturelle, chose à laquelle j’étais agréablement forcé puisque j’avais emporté de quoi bivouaquer.

Il me faut rappeler ici que je suis un habitué de ces baroudes en solitaire, et que la France entière fut mon terrain d’aventure. De nuit comme de jour j’avais su voir toutes les particularités de ces lieux et lorsque l’instant me souriait, lorsque le silence était total, j’avais eu la chance d’observer la vie sauvage et ses beautés.
Devrais-je dire que j’y ai vu beaucoup de choses, de ces grands animaux le soir venu qui s’effraient de la présence humaine, et qui, grands mâles dominateurs, galopaient tout autour de mon camps comme pour m’intimider. Je crois qu’ils y réussirent, mais enfin, j’avais l’assurance d’être moi-même un prédateur ; De ces nuits terribles sous l’orage et la frondaison des grands arbres tordus par la tempête, dans la nuit absolue, sans lune, tremblante et pluvieuse.
Et je ne parlerais pas des sons émis par certains animaux, qui d’abord provoquent la crainte, mais qui ensuite deviennent habituels.
Enfin, j’avais presque tout entendu, tout vu de nos forêts françaises…

La faim me gagnant, donc, j’avais décidé de faire un choix pour installer mon camp pour la nuit. J’optais pour un havre de verdure, ceint par des bouquets de thym en fleur et des branches de romarin. J’avais dans l’idée d’en parsemer quelques miettes sur les patates que j’avais emportées.

La nuit tombait, sûrement. Les arbres se faisaient plus sombres, les profondeurs de la nuit semblaient sorties de quelque précipice sans fin. Et ce silence qui précède les nuits sans lune, où le vent dans les arbres nous entoure de clameurs puissantes, sans qu’aucuns échos ne puissent perturber le rythme de la forêt.
Malgré cela, j’entendais au loin l’orage qui grondait et la pluie se faisait persistance, sans être à son paroxysme. Tout se passait comme d’habitude : les sangliers qui criaient dans le lointain, reniflant les odeurs humaines et détalant en hurlant, les chevreuils qui timidement s’approchent puis s’évadent parmi les layons, les craquements de branche qui indiquent la marche de quelque animal aventuré autour de ma bâche, attiré par l’odeur alléchée des aliments qui cuisent.
Les gouttes de pluie picotaient légèrement mon toit de toile, et je savais au vent qui grondait dans le lointain que le ciel ne me serait pas favorable.

J’étais précisément situé à plusieurs dizaines de mètres d’un chemin de pierre, dans la forêt, presqu’à l’orée. Il gravissait une colline culminant à 900 mètres de haut et surmontée par une vieille chapelle, lieu que je ne pouvais voir dans la nuit. Ces hauteurs sont faites de forêts et de bois, de ruisseaux et de zones pierreuses. D’aucuns pensent que nombreux sont ces endroits qui virent les rites druidiques de nos ancêtres.
Je pensais au lendemain qui me verrait parcourir et descendre les 600 derniers mètres de ce chemin, afin de sortir de la zone et rejoindre une petite route de bitume, rarement empruntée.

L’instant se prêtait à ces rêveries si chères à Rousseau, sans que je n’y voie encore matière à la frayeur.
Pourtant, j’y fus presque contraint puisque la réalité était toute autre :

En effet, plus bas sur le chemin, je connaissais l’existence d’une sépulture, avec en guise de pierre tumulaire un court et léger frontispice de pierre qui indiquait des initiales, certainement celles de la personne inhumée ici. J’avais ouï dire dans un village des alentours qu’un chasseur avait péri lors d’une chasse, et en bon enfant du pays il fut enterré dans ces bois. Point de date, ni de précisions supplémentaires, je devais me contenter de cela.

L’émotion ne m’était point chose habituelle en ces instants et j’avais maintes fois déposé mon sac et ma nourriture pour camper dans des endroits encore plus lugubres. Je faisais contre mauvaise fortune bon cœur et passait généralement une nuit paisible.
Le chemin qui descendait s’ouvrait également sur une zone découverte et parsemée de chênes centenaires, lieu apprécié pour ses charmes et sa paix.

Ma rêverie pour l’instant s’arrêtait à ces quelques considérations de voyageur, l’esprit content et la jambe prête à ces joies du lendemain.

Le petit feu réchauffait chichement mes mains et cuisait parfaitement mes provisions. Je me permettais même de sortir une cigarette, afin de humer un tabac blond qui s’accordait parfaitement avec les odeurs de feu de bois. La pluie redoublait d’intensité, l’orage était imminent.
La nuit, toujours plus noire, ne me permettait plus d’apercevoir même un arbre à plusieurs mètres, à moins que je n’allume ma lampe frontale. La forêt était silencieuse, quelques oiseaux nocturnes faisaient entendre leurs appels. Seuls le vent et la pluie tordaient troncs et feuillages, dans des sortes de grandes vagues d’air qui faisaient frémir toute l’étendue forestière de la colline. Je devinais la grandeur de ces lieux, où se succèdent les ravins et les ruisseaux, les bois et les clairières. Malgré les limites imposées par le manque de visibilité nous sentons notre corps comme isolé dans un immense vertige noir. Tout résonne et le moindre bruit est amplifié.

Minuit approchait, le sommeil me gagnait. Je raccourcissais ma bâche afin que l’eau ne s’écoule point sur mes vêtements. Deuxième et dernière cigarette à la bouche, je me levais afin de chercher un coin pour me soulager. Le chemin de pierre profilait ses bords, plus sombres que la nuit, et je m’éloignais de mon campement. Je regardais ma montre : une heure.
Levant la tête pour contempler les alentours, avec dans mon champs de vision le clair-obscur du chemin, les gouttes de pluie traçant de petits filets blancs et presque imperceptibles à la lumière de mon front, je distinguais clairement vers l’autre bord de la petite route un bruissement de feuilles, plus lourd que les autres et s’arrêtant net au bruit de mes pas.
La présence d’un sanglier ou de quelque animal de grande taille ne faisait point de doute.

Mais je m’aperçus tout à coup que le vent ne soufflait plus et que l’orage ne tonnait pas. Il se fit un silence de tombeau, glaçant et terrible. Que se passait-il ? Je commençais à me retourner, quand soudain venant du même endroit, s’éleva des profondeurs de la nuit à l’orée de la forêt, un grondement lugubre et puissant, grave et profond qui me glaça tout entier. Quelque chose était là, et jamais auparavant je n’avais entendu pareil bruit. Cela semblait immobile et je dû reprendre mes esprits pour ne pas céder à la panique. J’eus alors le sentiment angoissant d’une très grande menace, une de ces choses que nous savons ne pas être normales. Tout pouvait surgir de la nuit et me surprendre. La sensation de vulnérabilité était à son comble. Je retournais derechef à mon campement, sortant un petit couteau et m’armant d’un gros bâton. J’éclairais dans la direction, et je ne vis rien, pas même le reflet de ma lampe dans les yeux d’un animal (chose habituelle). Le silence était toujours angoissant et n’importe quoi pouvait surgir de cette immensité qui m’entourait.
Soudain, un nouveau grondement se fit entendre, mais non pas comme celui d’un animal, il se faisait comme contenu entre les dents serrées d’un homme gigantesque, il m’était destiné. D’instinct il me prit l’indicible volonté de partir, comme si ce quelque chose ne voulait pas que je reste. Je grommelais dans ma barbe comme répondant à ce grognement et pour ne pas céder à la fuite : « pas de problèmes, je pars, pas de problèmes. Ne cours pas, ne cours pas, reste zen, descend le chemin et sors de cet endroit ». La violence de l’instant était à son comble, une agression gratuite m’aurait fait le même effet.
Quittant la forêt et prenant pieds sur le chemin de pierres, je me sentis encore plus vulnérable et comme observé. Le sentiment d’une présence terrible écrasait mon thorax et me coupait presque la respiration.

Je descendais rapidement les 600 derniers mètres que je ne devais parcourir que le lendemain vers le découvert des vieux chênes. A chaque instant je cru ma dernière heure arrivée, à chaque pas que je faisais je détournais la tête de la lisière de la forêt, noire et impénétrable, par peur d’y voir quelque chose d’encore plus effrayant. J’avais mis des œillères. Quelle terrible épreuve pour les cœurs les plus expérimentés et les plus endurcis. Je ne me retournais pas. Autour de moi plus aucun bruit, pas un bruissement de feuilles, le vent n’était plus et l’orage avait comme laissé dans le ciel une chape grandiose qui rendait toute chose comme enfermée dans une boîte. Je croisais la tombe du chasseur, elle était là, encore plus silencieuse que jamais. 10 minutes s’écoulèrent.

Arrivant dans la clairière des chênes (que je ne voyais pas puisque la nuit était comme un four), je me dirigeais vers la route de bitume quand tout à coup derrière moi, sans bruit de pas ni de feuilles écrasées, s’éleva un grand soupir d’homme contenue dans un même grondement. L’imminence de quelque chose entourait la forêt toute entière. La menace était à son paroxysme, j’en avais presque les larmes aux yeux. J’étais terrifié. Le silence était d’une lourdeur implacable. Comment cela avait-il pu me suivre sans faire de bruit, ne passant pas sur le chemin mais par plus de 600 mètres de forêt impénétrable, parsemée de ravins et de ronces ? Je ne me l’expliquais tout simplement pas, et ce mystère me glaçait, car il était la preuve ultime que j’étais le témoin et la proie de l’anormal. C’était sur moi, autour de moi, derrière moi. Je pensais rapidement que même un animal, fusse-t-il grand et souple, ne pouvait avoir fait cela. D’ailleurs une bête qui chasse en Europe ne s’attaque pas à l’homme. Le loup fuit notre présence comme la peste, et les fauves n’existent pas dans ces contrées.

Ce n’est qu’en marchant sur le bitume que le vent se réveilla et qu’au loin, reprenant ses élans furieux, tonna l’orage. Je laissais derrière moi ce lieu de terreur, qui n’avait pas voulu de moi. J’avais le sentiment de n’avoir pas été accepté par quelque chose que je n’expliquais pas.
Le lendemain soir, après avoir marché la nuit puis le jour, j’arrivais au terme de cette exploration.

Evidemment je revins plus tard,  en journée, pour mener ma petite enquête. Ayant pris soin d’apprendre les caractéristiques propres aux loups et aux fauves, seuls animaux capables selon moi de tels bruits (et encore il était difficile de l’admettre tant la probabilité d’avoir fait le chemin par la forêt sans le moindre bruit pour me suivre était faible), je garais mon véhicule dans la clairière des chênes. Devant moi s’élevait la colline et le chemin de pierres qui serpentait dans la verdure sous les arceaux des grands arbres pour se perdre dans une petite ravine. La forêt barrait mon regard, et je distinguais tout l’enchevêtrement des branches et des ronces, rendant impossible toute évolution normale.
Je me répétais : «  Mais comment, comment un animal peut-il logiquement avoir contourné le chemin sur plus 600 mètres en dix minutes, ne faisant aucun bruit ? un animal, même un prédateur, ne se comporte pas ainsi quand il chasse, même un être humain ». Je mesurais le ridicule de mon propos, car le Var, même l’Europe, ne recèlent plus aucun animal capable de traquer un homme, et qui plus est faisant du bruit). Cela m’avait donc suivi sans que je le visse. A cette idée je mesurais tout le paranormal de cette rencontre.

Je montais le chemin. Je prenais soin d’observer le sol à la recherche de traces éventuelles. Il n’y avait rien. Je longeais le chemin par la lisière, cherchant de même des indices de passage d’une bête. Non seulement il n’y avait rien, mais je pus considérer l’étendue de la zone forestière, avec des endroits barrés par des ravins de plusieurs mètres de hauteur, des ruisselets entourés de boue. C’est là que je me dirigeais. Si quelque chose de normal était passé par ici, je verrais les traces. Mais il n’y avait rien, simplement aucune trace de quoi que ce soit.
Après 700 mètres exactement je coupais à travers bois sur ma droite afin de retrouver mon ancienne zone de bivouac. Tout était identique. Me hasardant même à l’endroit exact où j’avais entendu le premier grondement, je fis le tour de la zone pendant quinze minutes. Là encore, rien.
Je redescendis donc vers la voiture et me sentis presque obligé de m’aventurer en bordure de forêt, endroit où j’avais entendu très nettement les derniers énormes et puissants soupirs. Alors que je fixais le fond de la forêt, pour faire apparaître je ne sais quel esprit ancestral des bois, je distinguais au sol un objet brillant, posé aux pieds d’un très vieux chêne. En m’approchant de plusieurs dizaines de mètres je vis un petit autel, parsemé de quelques fleurs séchées. Le doute ne m’était plus permis, il y avait là les restes de quelque messe, ou de quelque recueillement. Mais pourquoi là? Et quel genre de cérémonies ?
C’est en relevant la tête que mon regard s’immobilisa tout-à-coup.
Au-dessus de moi s’élevait, gravée au plus profond de l’écorce et recouverte sommairement d’une matière rouge et sèche, une grande croix à l’envers.

Poligny.

8 Comments

  1. Magnifique article quel plaisir de lire votre texte, bien écrit, et votre récit qui relate jusqu’aux sens.
    Merci d’avoir partagé cette expérience avec nous.
    Caroline

    • Merci Caroline,
      Ce témoignage m’aura également permis de faire œuvre utile. Beaucoup de ces choses ne sont que peu acceptées, non pas par manque de croyance, mais parce que bien souvent le témoin ne raconte son histoire que sous le prisme de paroles inégales et peu appropriées.
      Dans ces instants, au fond, les sens en éveil sont les cris de détresse que nous n’osons pousser.
      Je retournerai dans cet endroit… Mes recherches obtiennent quelques fruits…
      Encore merci.

      Poligny

  2. Salut
    Je suis ardennais et j’ai moi aussi été suivi par des pas invisibles au court de mes promenades nocturnes ou même diurne, et ce en divers lieux que je n’ai prit soin de recenser.
    Aujourd’hui je recherche ces endroits pour y trouver des réponses.

    • Merci pour ce commentaire, il prouve une nouvelle fois notre besoin de trouver des réponses. Les Ardennes sont également propices à ce genre d’anomalies.
      Vous avez bien raison, il faut arpenter ces endroits. Du moins trouverons-nous encore ici matière à rêver 😉

  3. Je trouve le récit très bien écrit, c’est une jolie plume Monsieur que vous avez là!
    J’ai des facultés de médium et je suis aussi adepte de la rando, il m’est arrivé des choses surprenantes dans les bois notamment près d’un vieux puit, où je me suis fais traversé par une entité même en m’étant protégé spirituellement avant. Rien de bien grave mais ce n’est jamais agréable. Pour votre histoire les grognements ne sont jamais bon signe, la fin l’aura prouvé.

  4. Super récit très bien écrit , en Guyane française depuis 2012 je ne ressens plus cette oppression que certains lieu en métropole pouvais avoir sur moi , du coup je ne voyais plus le phénomène paranormal en Guyane , mais récemment il m’est arrivé une chose en forêt qui m’a rappelé que même dans les endroits où plus personne ne vit il y a eu autrefois de l’activité , en sorti avec des amis pour une session chasse je me suis retrouvé a garder un guet pour la nuit durant cette nuit la j’ai distingué clairement des sons de tambours ainsi que des chants comme si il y avait tout un hameau qui célébrait quelque chose alors que le lieu n’est plus habité depuis tres longtemps , il n’y a même plus de trace d’activité humaine dans les alentours , car le lendemain matin a l’aube je suis parti examiner les lieux autour , sachant que dans une forêt très dense les bruits ne portent pas très loin . Cette expérience m’a fait réfléchir sur le phénomène

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